Suite à la parution du film “Demain”, je me suis surprise à réfléchir à la façon dont j’avais envie de vivre … est-ce que faire / consommer beaucoup de choses rapidement est la meilleure façon de profiter de la vie?

Alors j’ai profité de la pause de fin d’année (après le stress des marchés et salons qui se sont enchaînés non-stop durant deux mois), pour réfléchir à mon mode de vie et pour redéfinir mes priorités.

Première constatation, comme le Bourgeois Gentilhomme faisait de la prose sans le savoir, je tentais déjà (à mon modeste niveau) de me rapprocher des nouveaux paradigmes exposés dans le film “Demain”: économie solidaire, proche de chez nous, privilégiant la qualité à la quantité, le fait-main aux séries, le respect de l’environnement et des ressources non renouvelables.

Par exemple, la plupart de ma garde-robe personnelle vient maintenant de chez des artisans, chaussures et accessoires compris.

Au niveau nourriture, je privilégie de plus en plus le fait-maison. Après le pain, les confitures, les sauces et les yaourts que je faisais déjà, j’ai découvert plein de nouvelles idées dans le programme “20 days happy food” de Sweet & Sour que j’ai suivi à son lancement. (Si la cuisine vegan vous intéresse, c’est par ici)

Pour les déplacements, je m’efforce de monter à pied à l’atelier (avec une p’tite poussette de marché pour porter la laine!) -bon pas quand il pleut, je ne suis pas héroïque, je l’avoue. Pour les longs trajets, je vais presque toujours en transports en commun qui permet de travailler, lire ou rêvasser plutôt que de s’énerver dans les bouchons.

Mais on peut toujours faire mieux, n’est-ce pas? J’ai donc décidé pour cette année de prendre de nouvelles mesures:

Fini la journée-marathon sans une pause pour moi. Concrètement, j’ai suivi au mois de janvier le programme des 21 rituels de Joanne Tatham pour me créer un environnement qui me permette d’être sereine, de me sentir alignée et ancrée dans ma vie. (Si cela vous interpelle, allez jeter un coup d’oeil sur son site). 

Fini l’isolement chronique de l’auto-entrepreneure qui travaille seule dans son atelier. J’ai mis en route un Groupe De Partage (GDP) selon les conseils que donne Florence Servan-Schreiber (dans son livre Power Patate, si vous ne l’avez pas encore lu, c’est le moment!).

Fini la pression de tout faire parfaitement toute seule. J’ai donc choisi cette année de mandaté des spécialistes pour éviter de me prendre la tête avec ce qui n’est pas mon coeur de métier.

Fini la Maman disponible 24h/24h. Donc la nouvelle consigne est: si la porte est fermée, si je suis en train de me concentrer pour lire ou pour écrire, si je ne fais pas une tâche répétitive, prière de ne pas m’interrompre. La discipline n’est pas tout à fait acquise, mais j’ai bon espoir.

Et au niveau de mon activité de créatrice de mode en tricot, quoi de plus “lent”? Par exemple, entre deux week-ends de marché, la couturière, la pâtissière ou la potière vont refaire plusieurs articles. Moi, j’ai de la chance si je parviens à terminer un vêtement toutes les deux semaines!

Trêve de plaisanterie, la “Slow Fashion” s’oppose à la course en avant que nous impose le monde de la mode. Il s’agit de promouvoir une façon de s’habiller respectueuse des ressources, des matières premières et des traditions locales.

C’est ce qu’explique l’article de Maureen Dickson, Carlotta Cataldi et Crystal Grover paru le 7 mai 2011 dans notjustalabel.com sous le titre: “The slow fashion movement” [traduction “maison”]:

“La “Slow Fashion” n’est pas qu’un mouvement isolé et saisonnier, c’est un mouvement qui est en train de croître régulièrement et qui est vraiment là pour rester.

Le courant dominant actuel de la mode est relié à la globalisation, à la production de masse où les vêtements passent de l’étape du design à celle de la vente en quelques semaines seulement. Avec des détaillants qui vendent les toutes dernières tendances de la mode à des prix vraiment très bas, les consommateurs sont encouragés à acquérir plus que ce dont ils ont besoin. Mais cette sur-consommation est accompagnée d’un prix caché, et ce sont l’environnement et les travailleurs qui en portent le poids.

L’industrie de la mode contribue au défi actuel de la durabilité de nombreuses façons. Elle utilise actuellement un flux constant de ressources naturelles pour produire des vêtements de la “Fast Fashion”. De la façon dont c’est fait, cette industrie contribue constamment à l’épuisement des ressources fossiles utilisées par exemple dans la production et le transport des textiles et des vêtements. Les réserves d’eau potable sont aussi drastiquement diminuées pour irriguer les plantations de coton. L’industrie de la mode a également introduit, de manière systématique et dans de grandes proportions, les composants créés par l’homme tels que les pesticides et les fibres synthétiques, ce qui augmente leur présence persistante dans la nature.

Le résultat, c’est que certaines ressources naturelles sont en péril, et que les forêts et les écosystèmes ont été endommagés ou détruits pour la production de fibres. Ceci a eu pour conséquence des sécheresses, des désertifications et rien de moins qu’un changement de notre climat, ce qui affecte la société dans son entier.

Pour visualiser de manière simple le défi actuel de la durabilité dans l’industrie de la mode, la métaphore de l’entonnoir peut être utilisée. Elle démontre que si le comportement de consommation de l’industrie de la mode dans son entier, y compris les consommateurs, continue de croître à la même vitesse que maintenant, l’impact sur l’environnement social et écologique va aussi augmenter. Cela aboutira à une marge de manoeuvre très étroite pour l’industrie pour prendre en main ses impacts dans le futur et pour résoudre les défis auxquels la société est confrontée aujourd’hui. Cela est symbolisé par les paroi  en pente de l’entonnoir.

Utilisant cette métaphore, on peut arriver à la conclusion que si nous ne voulons pas “heurter les parois en pente de l’entonnoir”, nous devons re-définir les pratiques actuelles de durabilité dans la société, y compris dans l’industrie de la mode. Ce changement, si il arrive, résultera probablement à un retour graduel à un équilibre où le comportement social n’est pas en conflit avec les ressources naturelles, et où l’industrie de la mode se souciera de ne pas compromettre la santé des gens et de notre planète.

La “Slow Fashion” représente toutes les choses “éco”, “étique” et “green” dans un seul mouvement uni. Elle a été inventée par Kate Fletcher, du Centre for Sustainable Fashion, quand la mode était comparée à l’expérience de “Slow Food”. Carl Honoré, auteur de “In Praise of Slowness” dit que “l’approche “slow” intervient comme un processus révolutionnaire dans notre monde contemporain parce qu’elle encourage à prendre le temps de s’assurer d’une qualité de production, de donner de la valeur au produit et de prendre en compte les connections avec l’environnement.”

Pour que la “Slow Fashion” émerge en tant que modèle de développement durable de la mode, une équipe de recherche du “Master’s in Strategic Leadership towards Sustainability programme” en Suède recommande que les 10 valeurs de la “Slow Fashion” soient utilisées comme guide dans toute la chaîne de production. Ils ont examiné attentivement les actions positives que cela entraînerait et se sont aussi tournés vers les industries agro-alimentaires et du design pour s’inspirer.

Ces valeurs ne signifieraient pas qu’un ajustement de taille serait LA solution, mais que cela pourrait encourager la créativité et pourrait être adapté. Ils ont tenté de faire jaillir une conversation entre designers, manufacturiers, détaillants et autres acteurs dans le mouvement “Slow Fashion”, conversation portant sur qui ils sont, où ils vont et comment leurs actions peuvent avoir un impact important.”

Je fais vos vêtement

Les 10 valeurs de la Slow Fashion” sont représentées sur cette infographie (en anglais):

infographie_valeurs_slowf-c

Voici ma traduction “maison”:

1-Voir l’image dans son intégralité
Les producteurs de la “Slow Fashion” reconnaissent qu’ils sont tous interconnectés au système environnemental et sociétal au sens large, et ils prennent des décisions en conséquence. La “Slow Fashion” encourage une approche tenant compte des systèmes parce qu’elle reconnaît que leurs impacts sur nos choix collectifs peuvent affecter l’environnement et les gens.

2-Ralentir la consommation
Réduire les matières premières en diminuant la production peut permettre à la terre de régénérer ses capacités. Cela allégerait la pression sur les cycles naturels et donc la production pourrait être dans une dynamique saine avec ce que la terre peut produire.

3-Promouvoir la diversité
Les producteurs de la “Slow Fashion” s’efforcent de maintenir une diversité écologique, sociale et culturelle. La biodiversité est importante par ce qu’elle offre des solutions face au changement climatique et à la dégradation environnementale. Des modèles d’entreprise divers et innovants sont encourageants; des designers indépendants, de grandes maisons de mode, la filière du second-hand, le vintage, le recyclé, la mode en leasing, notre club local de tricot, les échanges de vêtements sont tous inclus dans le mouvement. Garder les méthodes traditionnelles de confection de vêtements et de textiles et les techniques de teinture vivantes donnent aussi du dynamisme et du sens à ce que nous portons et à comment cela a été fait.

4-Respecter les personnes
Participer à des campagnes et à des codes de conduite peut aider à assurer un juste traitement des travailleurs. Certaines marques ont rejoint l'”Asian Floor Wage Alliance”, l'”Ethical Trading Initiative” et la “Fair Wear Foundation” parmi d’autres. Les labels supportent aussi les communautés locales en offrant des compétences en développement et en les aidant à faire du commerce, comme “Toms Shoes and Banuq”.

5-Combler les besoins humains
Les designers peuvent rencontrer les besoins humains en co-créant des vêtements et en offrant une mode qui a une signification émotionnelle. En racontant l’histoire derrière un un vêtement ou en invitant le consommateur à prendre part au processus de création, les besoins en créativité, en identité et en participation peuvent être satisfaits.

6-Construire des relations
La collaboration et la co-création assurent des relations de confiance et durables qui pourront créer un mouvement fort. Construire des relations entre les producteurs et les co-producteurs est une des clés du mouvement.

7-Consommer local
Les marques de la “Slow Fashion” se concentrent sur l’utilisation de matériel et de ressources locaux quand c’est possible et essayent de soutenir le développement du commerce local et des compétences.

8-Maintenir la qualité et la beauté
Encourager les design classiques plutôt que les modes passagères contribuera à la longévité des vêtements. Un certain nombre de designers de la “Slow Fashion” s’assurent de la longévité de leurs vêtements en faisant appel à une fabrication de grande qualité, en offrant des coupes tradionnelles et en créant de magnifiques pièces intemporelles.

9-Viser la rentabilité
Les producteurs “Slow Fashion” ont besoin de profits durables et d’augmenter leur visibilité sur le marché pour être compétitifs. Les prix sont souvent plus élevés parce qu’ils incorporent des ressources durables et des salaires justes.

10-Etre conscient
Cela signifie prendre des décisions basées sur les passions personnelles, une conscience de la connexion avec les autres et avec l’environnement et la volonté d’agit de façon responsable. Parmi le mouvement “Slow Fashion”, de nombreuses personnes aiment ce qu’ils font et aspirent à faire la différence dans le monde d’une manière créative et innovante.”

[Pour aller plus loin et pour ceux qui savent lire l’anglais, je vous recommande le site Slow Fashion Forward.]

En tant que créatrice de mode en tricot sous la marque “ModeMaille”, j’adhère  à ces 10 valeurs de la “Slow Fashion”:

Voir l’image dans son intégralité
Je prends mes décisions en tenant compte du fait que nous sommes tous interconnectés au système environnemental et sociétal au sens large.

Ralentir la consommation
Je ne cherche pas à produire toujours plus, mais à assurer la qualité qui pérennise les vêtements que je crée.

Promouvoir la diversité
Je participe au dynamisme des savoir-faire humain en reprenant des méthodes traditionnelles de confection et en les améliorant sans cesse.

Respecter les personnes
Je milite pour que l’originalité et la valeur de mon travail soit reconnues, notamment en soutenant le mouvement “Fashion Revolution”.

Combler les besoins humains
Je m’efforce de répondre aux besoins de créativité, d’identité et de participation des personnes en leur proposant des vêtements originaux, qu’ils peuvent customiser pour se les approprier, voire même de les co-créer.

Construire des relations
J’offre un accueil cordial, une écoute bienveillante et des conseils positivant pour sécuriser chacun(e) dans son choix.

Consommer local
Je privilégie autant que possible les ressources locales, ainsi que le développement du commerce et du savoir-faire régional dans le choix de mes fournisseurs.

Maintenir la qualité et la beauté
Je m’attache à une grande qualité de réalisation, à offrir des coupes traditionnelles revisitées et à créer des pièces intemporelles, originales sans être excentriques.

Viser la rentabilité
Je défends des prix plus élevés pour pouvoir incorporer des matières durables, une grande qualité et une rémunération correcte.

Etre conscient
Je prends mes décisions en me basant clairement sur mes passions personnelles, la conscience de notre interconnexion en tant qu’être humains et avec notre environnement et ma volonté d’agir de façon responsable.

Et vous, êtes-vous prêt(e) pour la “Slow Fashion”?

Les 10 valeurs de la Slow Fashion
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Vous pouvez manifester votre soutien en:

=> Commentant cet article, le débat est ouvert dans les commentaires.

=> Choisissant dans ma boutique en ligne de modèles uniques votre prochain vêtement créé dans le respect de ces 10 principes.

=> Co-créant avec moi votre prochain vêtement: vous pouvez exprimer vos envies en cliquant sur ce lien.

=> Demandant à vos marques habituelles “Qui a fait mes vêtements?” (action de sensibilisation proposée par “Fashion Revolution” toute la semaine du 24 avril 2016, voir l’affiche ci-dessous).fashion_revolution

(Crédits photos)

 

 

 

 

7 Commentaires dans J’adopte la “Slow Fashion” et vous?

  1. kine70
    1 février 2016 at 11 h 17 min (2 années ago)

    C’est génial! Très bel article, merci pour l’encouragement que ça me donne! Il m’en faut encore beaucoup… mais j’avance, pas à pas (Slow motion ;)!)
    Je me réjouis de porter mon nouveau gilet commandé chez toi!

    Répondre
  2. Nathalie
    2 février 2016 at 20 h 43 min (2 années ago)

    Merci pour tes encouragements!

    Répondre
  3. Virginie
    8 février 2016 at 17 h 36 min (2 années ago)

    Merci pour cet article intéressant et en plein dans mes questionnements du moment!

    Répondre

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